Publié le 15 mars 2024

Contrairement à l’idée reçue, le brevet de parachutiste n’est pas un aboutissement, mais le début de la période la plus critique de votre progression, où le coaching n’est pas un coût, mais un investissement stratégique.

  • L’autonomie sans structure mène souvent à un « plateau de compétence », où la confiance dépasse les aptitudes réelles.
  • Chaque saut coaché a un objectif précis, transformant une dépense en un gain de compétence mesurable et accéléré.

Recommandation : Allouez un budget de coaching dès le 50ème saut pour structurer votre progression, éviter de développer une « dette technique » coûteuse à corriger et débloquer plus rapidement les disciplines avancées.

Le dernier saut de votre formation PAC/AFF est gravé dans votre mémoire. La poignée de main de votre moniteur, le sentiment de liberté totale, la certitude grisante d’avoir enfin « appris à voler ». Vous voilà autonome, prêt à conquérir le ciel, ticket de saut après ticket de saut. La recommandation la plus courante est simple : « saute, accumule les vols, l’expérience viendra ». Après tout, vous venez d’investir une somme considérable, et l’idée de dépenser encore pour du coaching peut sembler superflue, voire décourageante.

Pourtant, cette phase d’autonomie précoce est un mirage. C’est statistiquement la période la plus dangereuse, non pas à cause de défaillances techniques, mais à cause d’un phénomène insidieux : le plateau de compétence. C’est ce moment où votre confiance en vous grimpe bien plus vite que vos compétences réelles. Sans un regard extérieur et expert, chaque saut risque de renforcer de mauvaises habitudes, une « dette technique » qui deviendra de plus en plus difficile et coûteuse à corriger. Le coût d’une formation initiale, qui peut varier, n’est que la première étape. Selon une analyse du service des sports de l’UNIL, le coût d’une formation PAC/AFF complète varie entre 2400 et 2600 CHF, un investissement de base qu’il faut maintenant faire fructifier.

Cet article n’est pas un plaidoyer pour dépenser sans compter. C’est un guide stratégique destiné au jeune breveté suisse exigeant. Nous allons déconstruire le mythe de l’autonomie et vous montrer comment transformer chaque franc suisse et chaque seconde de chute libre en un investissement ciblé. L’objectif n’est pas simplement de sauter, mais de construire délibérément votre « capital compétence ». Nous verrons comment définir des objectifs clairs, choisir le bon mentor, travailler la sécurité et planifier votre parcours vers les qualifications fédérales et les disciplines qui vous font rêver. Le vrai travail commence maintenant.

Pour naviguer cette transition cruciale, de l’élève à l’expert, cet article vous propose une feuille de route claire. Explorez les étapes clés pour structurer votre progression et faire de chaque saut un pas en avant mesurable.

Définir les objectifs de progression

L’autonomie ne signifie pas l’improvisation. Sortir de la structure de l’école sans un nouveau plan est le plus sûr moyen de transformer des sauts coûteux en simple « temps en l’air » sans valeur ajoutée. Votre progression doit devenir intentionnelle. La première étape consiste à établir une feuille de route claire, avec des objectifs mesurables et un budget réaliste. Plutôt que de voir chaque ticket de saut comme une dépense, considérez-le comme un jalon dans un plan plus large. Cette planification est la différence fondamentale entre un « saut de remplissage » et un saut intentionnel.

En Suisse, le parcours jusqu’à la licence est bien balisé et peut être budgétisé. Un plan structuré vous permet d’anticiper les coûts et de maximiser la valeur de chaque étape. Par exemple, la phase de consolidation post-formation est cruciale ; c’est là que vous ancrez les fondamentaux ou, à l’inverse, que vous développez de mauvaises habitudes. Allouer un budget spécifique pour des sauts coachés durant cette période n’est pas un luxe, mais une assurance qualité pour votre progression future.

Voici un exemple de plan de progression typique jusqu’à la licence, avec une estimation des budgets associés en Suisse :

  1. Étape 1 : Formation PAC/AFF complète (7 sauts) – Budget : 1199 CHF à 2600 CHF selon la dropzone
  2. Étape 2 : Consolidation post-formation (sauts 8-20) – Budget : environ 40 CHF par saut + location de matériel
  3. Étape 3 : Préparation licence Swiss Skydive (sauts 21-45) – Travail des figures imposées et de la précision à l’atterrissage
  4. Étape 4 : Examen pratique et théorique de licence (sauts 45-50) – Validation par Swiss Skydive
  5. Étape 5 : Spécialisation (après 50 sauts) – Orientation vers le Vol Relatif, le Freefly ou d’autres disciplines

Choisir son mentor de saut

Un mentor ou un coach n’est pas simplement un parachutiste plus expérimenté. C’est un accélérateur de compétences. Son rôle est de vous fournir un retour d’information honnête et précis, chose impossible à obtenir seul. Le débriefing vidéo est l’outil le plus puissant à votre disposition, et un bon coach saura décortiquer chaque seconde de votre saut pour identifier les axes d’amélioration. Cet investissement initial — souvent le prix de son ticket de saut, parfois un tarif horaire ou simplement une bière — vous fera économiser des dizaines de sauts de tâtonnement.

Le choix de ce partenaire de progression est donc stratégique. Il ne s’agit pas de sauter avec le premier venu, mais de trouver quelqu’un dont la philosophie de sécurité, la pédagogie et la spécialité correspondent à vos objectifs. En Suisse romande, des structures comme Romandie Parachutisme organisent des week-ends de coaching dans diverses disciplines, offrant un accès direct à des initiateurs qualifiés. C’est la preuve que le coaching est une pratique organisée et essentielle à la vie d’une dropzone.

Mentor et élève analysant une vidéo de saut dans une dropzone suisse

Le moment du débriefing, comme illustré ci-dessus, est là où la véritable progression se produit. C’est l’analyse post-saut qui transforme l’expérience en compétence. Ne négligez jamais cette étape. Avant de vous engager avec un mentor, il est crucial de valider que votre vision et vos attentes sont alignées. Un audit préalable est indispensable.

Check-list pour auditer votre futur mentor :

  1. Quelle est ta philosophie concernant la sécurité et la progression ?
  2. Comment structures-tu un débriefing vidéo après chaque saut ?
  3. Quel est ton tarif pour le coaching (bière, ticket de saut, tarif horaire) ?
  4. Dans quelles disciplines es-tu spécialisé (VR, Freefly, Wingsuit) ?
  5. Es-tu certifié Swiss Skydive et quelle est ton expérience de formation ?

Travailler la sécurité en groupe

L’autonomie est une illusion si elle reste solitaire. Le parachutisme est un sport social, et votre prochaine grande étape de progression sera de voler avec d’autres. C’est aussi là que les risques augmentent de manière exponentielle si la préparation est négligée. La conscience du trafic aérien, la planification de la séparation (le « break-off ») et la gestion des circuits d’atterrissage ne sont plus des responsabilités individuelles, mais collectives. Un seul maillon faible met tout le groupe en danger.

Avant chaque saut en groupe, un briefing détaillé n’est pas une option, c’est une obligation. Il faut définir un leader de saut, un ordre de sortie, un plan de vol, mais surtout, un plan de séparation clair avec des altitudes et des directions de fuite précises pour chaque participant. Cette discipline rigoureuse est la marque des parachutistes expérimentés. C’est en participant à ces rituels que vous intégrez la culture de la sécurité qui vous servira toute votre carrière. L’improvisation n’a pas sa place lorsque plusieurs corps se déplacent à 200 km/h.

Les organismes officiels comme le Bureau de prévention des accidents (BPA) en Suisse insistent sur la formation continue comme pilier de la sécurité. Leur conseil est sans équivoque :

Participez à des cours de perfectionnement et au «Safety Day» annuel

– Bureau de prévention des accidents (BPA), Conseils de sécurité parachutisme

Cette culture de la sécurité partagée se construit avant même de monter dans l’avion. Une checklist pré-vol de groupe est un outil essentiel pour s’assurer que tous les participants sont sur la même longueur d’onde et que les risques ont été identifiés et mitigés.

Éviter les mauvaises habitudes

La zone la plus dangereuse pour un parachutiste se situe entre 50 et 100 sauts. C’est la phase connue sous le nom de « syndrome du jeune breveté ». La confiance est à son apogée, la peur initiale s’est estompée, mais les compétences réelles et l’expérience de situations non standards sont encore très faibles. C’est le terrain de jeu idéal pour le développement de mauvaises habitudes. Un check matériel un peu rapide, une séparation un peu basse, une approche d’atterrissage « créative »… Chaque petite entorse, si elle n’est pas corrigée, devient une nouvelle norme dangereuse.

Le Bureau de prévention des accidents (BPA) le souligne : la pratique régulière est clé, car l’expérience apporte de la sécurité. Cependant, l’expérience non supervisée peut tout aussi bien ancrer l’insécurité. Sans le regard critique d’un coach, vous n’avez aucun moyen de savoir si votre « style personnel » est en fait une dérive dangereuse. Les signes de ce syndrome sont clairs : des sauts non planifiés, des checks de sécurité bâclés, la négligence du débriefing vidéo et la tentation de tenter des manœuvres bien au-delà de son niveau réel.

Ces habitudes, souvent observées sur les dropzones suisses, ont des conséquences directes et prévisibles. Les identifier est la première étape pour les éradiquer de votre pratique.

Top 5 des mauvaises habitudes observées sur les DZ suisses
Mauvaise habitude Risque associé Solution recommandée
Séparation trop basse (<1200m) Collision sous voile Break-off systématique à 1500m minimum
Approche non conventionnelle Conflit de priorité à l’atterrissage Respecter le circuit standard de la DZ
Manque de conscience du trafic Collision en chute ou sous voile Scan visuel 360° régulier
Check matériel bâclé Défaillance équipement Utiliser une checklist systématique
Vol de voile trop agressif Perte de contrôle, blessure Progresser avec un coach voile

Planifier les sauts de validation

Atteindre les prérequis pour la licence Swiss Skydive n’est pas une course, mais une construction. Chaque saut menant à la validation doit être optimisé. L’erreur commune est de « brûler » des sauts en espérant que les compétences requises (figures, précision à l’atterrissage) apparaîtront par magie. Une approche stratégique consiste à planifier des blocs de sauts dédiés, idéalement sur un week-end prolongé avec un moniteur. Cette concentration permet de créer une dynamique d’apprentissage intense et de bénéficier d’un suivi cohérent.

L’objectif est de transformer ces sauts de validation en véritables sessions de training. Alternez les objectifs : un saut axé sur les figures en chute (tours, saltos), le suivant sur le travail sous voile et la précision du posé. Le fait de filmer systématiquement chaque saut est non-négociable. C’est la matière première de votre débriefing et la preuve tangible de votre progression pour les examinateurs. Cette méthode transforme une simple « validation » en un jalon de compétence mesurable.

Budgétiser ces week-ends de validation est également une approche professionnelle. Prévoir un budget de 200-300 CHF pour 5 à 7 sauts coachés est un investissement direct dans l’obtention de votre licence. C’est infiniment plus rentable que de multiplier les sauts isolés et non débriefés. En regroupant vos efforts, vous maximisez l’efficacité de votre temps et de votre argent, tout en créant une relation de travail productive avec un moniteur qui comprendra votre courbe de progression.

Maîtriser le vol à plat (VR)

Après l’obtention de votre brevet, la tentation est grande de vouloir tout essayer : le freefly, la wingsuit… Cependant, négliger les fondamentaux est une erreur stratégique. Le Vol Relatif (VR), ou vol « à plat », n’est pas juste la « position du débutant ». C’est la discipline la plus pratiquée au monde et le socle sur lequel reposent toutes les autres formes de vol. C’est l’évolution directe de la position de chute de base, et sa maîtrise parfaite est un prérequis pour voler en sécurité et avec précision avec d’autres.

Le VR vous apprend les compétences essentielles : le contrôle de la stabilité, les déplacements fins (avant, arrière, latéraux), le contrôle de l’axe de rotation et, surtout, les approches et les prises sur d’autres parachutistes. Ces compétences sont directement transférables à toutes les autres disciplines. Un freeflyer qui ne maîtrise pas le vol à plat aura d’énormes difficultés à rejoindre une base ou à se séparer proprement. Un wingsuiter sans une bonne base de VR manquera de conscience du corps et de précision dans sa trajectoire. Le VR est votre grammaire du vol en chute libre.

Formation de vol relatif à 4 au-dessus du paysage alpin suisse

Pour accélérer votre maîtrise du VR, la soufflerie (tunnel) est un outil d’une efficacité redoutable. Le coût peut sembler élevé, mais le ratio temps d’apprentissage / prix est imbattable. Dix minutes en tunnel équivalent à des dizaines de sauts en termes de temps de travail effectif. Des tunnels comme RealFly à Sion ou Windwerk à Winterthur offrent des environnements parfaits pour travailler spécifiquement les exercices de VR avec un coach, transformant des heures de vol en compétences solides et directement applicables dans le ciel.

Planifier les qualifications fédérales

La licence de base Swiss Skydive n’est que la première porte. Derrière elle se trouve un écosystème complet de qualifications qui structurent une carrière de parachutiste, qu’elle soit récréative ou professionnelle. Penser à ces qualifications dès le début permet de donner une direction et un sens à votre progression. Voulez-vous former des élèves ? Devenir un expert du pliage de secours ? Emmener des passagers en tandem ? Chaque voie a ses propres prérequis en termes de nombre de sauts et de formation spécifique.

Ne pas avoir de plan à long terme est le meilleur moyen de stagner. En visualisant le parcours, vous pouvez orienter vos sauts et vos formations intermédiaires pour atteindre vos objectifs futurs. Par exemple, si l’objectif est de devenir moniteur, chaque saut en groupe devient une occasion d’observer la pédagogie, la gestion de groupe et la communication. Si vous visez le tandem, le travail de la précision à l’atterrissage avec des charges alaires variées devient une priorité. La licence est une obligation légale en Suisse pour pratiquer, mais ce sont les qualifications qui démontrent une expertise réelle.

Le parcours est clair et défini par la fédération Swiss Skydive, offrant une visibilité sur les étapes à franchir.

Parcours de qualifications Swiss Skydive
Qualification Prérequis Formation Débouchés
Licence de base 30-40 sauts Examen pratique + théorique Sauts en groupe, toutes DZ
Moniteur Swiss Skydive 200+ sauts, licence Stage pédagogique Former des élèves
Plieur certifié Licence de base Formation technique Service pliage en DZ
Pilote Tandem 500+ sauts Formation spécialisée Activité professionnelle
Initiateur discipline Expertise spécifique Certification par discipline Coach VR/Freefly/Wingsuit

À retenir

  • L’autonomie post-brevet est une phase à haut risque de stagnation et de développement de mauvaises habitudes (« dette technique »).
  • Le coaching n’est pas une dépense mais un investissement qui maximise la valeur de chaque saut et accélère la progression.
  • La maîtrise du Vol Relatif (VR) est le socle non-négociable pour aborder en sécurité toutes les autres disciplines du parachutisme.

Présenter la diversité sportive au-delà de la chute à plat

Le Vol Relatif est le fondement, mais le parachutisme sportif est un univers aux multiples facettes. Une fois vos bases solidement établies, un monde de possibilités s’ouvre à vous. Chaque discipline a sa propre culture, ses propres compétences et ses propres prérequis. Le freefly vous apprendra le vol en trois dimensions, la wingsuit transformera la chute en vol plané, et le pilotage sous voile (swooping) fera de votre atterrissage une performance technique et artistique.

Il est crucial de comprendre que ces disciplines avancées ne sont pas accessibles immédiatement. Elles exigent un nombre de sauts minimum et souvent des qualifications intermédiaires. Par exemple, pour débuter la wingsuit en Suisse, un minimum de 200 sauts est requis, ainsi que la validation de modules de progression spécifiques. Tenter de brûler les étapes est non seulement dangereux, mais aussi contre-productif. Un excellent freeflyer est avant tout un parachutiste qui a une conscience parfaite de son corps dans l’air, une compétence acquise et affinée en Vol Relatif.

Votre investissement dans un coaching de qualité au début de votre carrière est ce qui vous donnera les clés pour accéder plus rapidement et plus sûrement à ces disciplines. Chaque saut coaché, chaque débriefing vidéo, chaque minute passée en soufflerie construit le « capital compétence » qui servira de passeport pour le reste de votre vie de parachutiste. Le choix de la discipline future peut également guider votre coaching : certaines dropzones suisses sont plus spécialisées que d’autres.

Comparaison des disciplines et leurs spécificités
Discipline Prérequis Suisse Meilleure DZ pour débuter Particularité
Vol Relatif Licence de base Toutes DZ suisses Base de tout, facile à apprendre
Freefly 50 sauts + Bi4 Sion, Ecuvillens Vol 3D tête en bas/assis
Wingsuit 200 sauts + track Interlaken, Verbier Vol horizontal longue distance
Pilotage voile 100 sauts Bex, Triengen Swooping et précision
Freestyle 75 sauts Château-d’Oex Acrobaties gymnastiques

La transition de l’école à l’autonomie n’est pas une fin, mais le commencement de votre véritable parcours de parachutiste. Accepter que vous avez encore tout à apprendre et investir stratégiquement dans un encadrement de qualité est le choix le plus intelligent et, à long terme, le plus économique. Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à évaluer vos compétences actuelles avec un initiateur qualifié et à définir votre plan de progression personnalisé pour les 50 prochains sauts.

Rédigé par Luca Bernasconi, Coach Freefly, vidéoman professionnel et instructeur de soufflerie (Wind Tunnel). Membre d'une équipe nationale suisse, il maîtrise les techniques de vol tridimensionnel et l'utilisation de la vidéo pour la progression.