Publié le 15 mars 2024

En résumé :

  • La sécurité à l’atterrissage ne repose pas sur l’arrondi final, mais sur une stratégie de vol définie dès 300 mètres du sol.
  • Le contexte suisse (altitude, relief, vents de vallée) exige une adaptation constante de votre circuit et de votre pilotage.
  • Comprendre le comportement de votre voile (charge alaire, point de décrochage) est plus crucial que la simple exécution technique.
  • La gestion des posés hors zone n’est pas un échec, mais une compétence qui se prépare et se maîtrise.

La peur de se tordre une cheville à l’atterrissage. C’est une angoisse partagée par de nombreux parachutistes, en particulier face aux terrains exigeants de la Suisse. Chaque posé sur un champ en pente ou près d’une zone boisée ravive cette crainte de la faute technique, du mauvais timing, de la blessure qui gâche une saison. Instinctivement, on se concentre sur les derniers instants du vol : le fameux « arrondi » ou « flare ». On répète mentalement le geste, on cherche à perfectionner ce mouvement ultime, pensant qu’il est l’unique clé d’un atterrissage en douceur.

Cette focalisation sur la phase terminale est une erreur courante. Si le pilotage dans les derniers mètres est bien sûr essentiel, il ne représente que l’aboutissement d’une série de décisions bien plus importantes prises bien en amont. La véritable clé pour surmonter la peur et garantir des atterrissages sereins ne se trouve pas dans la force de vos bras lors du flare, mais dans l’intelligence de votre navigation sous voile dès son ouverture. Il s’agit de passer d’un statut de passager subissant le vent et le relief, à celui de pilote en plein contrôle de sa trajectoire et de son énergie.

Cet article adopte une perspective différente : la sécurité à l’atterrissage se construit dans les 300 premiers mètres de votre vol sous voile, pas dans les trois derniers. Nous allons déconstruire le mythe de l’arrondi « magique » pour nous concentrer sur la maîtrise stratégique de l’environnement. Nous verrons comment comprendre votre circuit, anticiper les imprévus, choisir et gérer votre matériel en fonction du contexte alpin, et enfin, comment transformer la technique du pilotage en un véritable art de la sécurité.

Pour vous guider dans cette approche stratégique, cet article est structuré pour vous accompagner pas à pas, des fondamentaux du circuit d’atterrissage jusqu’aux disciplines les plus avancées du pilotage.

Comprendre le circuit d’atterrissage

Le circuit d’atterrissage, ou Prise de Terrain en U (PTU), est bien plus qu’une simple procédure. C’est votre plan de vol, votre feuille de route pour transformer l’énergie potentielle de l’altitude en une arrivée contrôlée au sol. En Suisse, où le relief et les conditions aérologiques varient drastiquement, la maîtrise de ce circuit est la première ligne de défense contre les atterrissages hasardeux. L’objectif n’est pas de suivre aveuglément des points de passage, mais d’utiliser cette structure comme un outil de lecture de terrain active et de prise de décision. La phase initiale, dite « zone de destruction », est cruciale : c’est là que vous évaluez la direction et la force du vent, que vous confirmez votre zone de posé et que vous identifiez au moins deux zones de déroutement sûres.

Le circuit standard commence bien plus haut qu’on ne le pense. Selon les standards des dropzones suisses, il est recommandé de se trouver à 500m/sol minimum en zone de destruction, pour entamer le circuit à 300m. Cette altitude de sécurité vous donne le temps et l’espace mental nécessaires pour construire votre approche sans précipitation. C’est votre « fenêtre de décision », le moment où vous vous engagez dans un plan clair.

Vue aérienne d'un circuit d'atterrissage de parachute avec zones de navigation marquées

Chaque étape du circuit est une confirmation de votre plan. La branche vent arrière (downwind) vous permet d’ajuster votre distance par rapport à la cible. L’étape de base est le moment de vérité où vous évaluez votre dérive et ajustez votre virage final. Enfin, la finale doit être une ligne droite stable, vous permettant de vous concentrer uniquement sur la gestion de la vitesse et le timing de l’arrondi. Adapter ce schéma aux spécificités locales est fondamental.

  • Zone de destruction (500m/sol) : Se positionner en tenant compte du relief environnant et identifier les zones de déroutement.
  • Vent arrière (downwind, 300m/sol) : Adapter la distance selon l’altitude de la dropzone et la densité de l’air.
  • Base (200m/sol) : Effectuer le virage à 90° en surveillant attentivement la dérive due aux vents de vallée.
  • Finale (100m/sol) : Maintenir un cap stable. Une règle d’or en Suisse est de ne jamais traverser une piste d’atterrissage d’avions en dessous de 500m.
  • Point d’aboutissement : L’ajuster selon la configuration spécifique de chaque dropzone, qui peut parfois imposer une forme de circuit particulière pour gérer les vents locaux.

Gérer les posés hors zone

Même le plan le mieux préparé peut être contrarié par un changement de vent, une erreur d’évaluation ou une forte densité de voiles dans le ciel. Se retrouver face à un posé hors de la zone d’atterrissage prévue n’est pas un signe d’échec, mais un test de votre capacité d’adaptation et de votre pilotage proactif. La peur de la blessure, notamment à la cheville, est souvent maximale dans ce contexte d’incertitude. La clé est de ne jamais subir la situation, mais de la gérer avec une procédure mentale claire. Dès que vous réalisez que la zone principale n’est plus une option viable, votre priorité absolue bascule de la « performance » à la « sécurité ». Cela signifie identifier le terrain le moins risqué disponible et préparer un atterrissage adapté.

Étude de cas : Procédure d’atterrissage d’urgence dans les vignobles suisses

Face à un atterrissage inévitable dans une zone de vignobles, un pilote doit rapidement identifier les dangers spécifiques : les câbles et fils de fer tendus entre les rangées de vignes. Dans une telle situation, la procédure de sécurité consiste à privilégier un atterrissage perpendiculaire aux rangées pour minimiser les risques d’accrochage. Un flare très progressif et contrôlé est nécessaire pour éviter de s’empaler ou de s’emmêler dans les structures métalliques. Cet exemple montre l’importance d’analyser un terrain inconnu pour ses dangers spécifiques, car le tronc, le dos et les chevilles sont les zones les plus touchées lors des accidents d’atterrissage.

Le territoire suisse présente des défis uniques : lignes électriques omniprésentes en plaine, bétail dans les alpages, lacs glaciaires, forêts denses et pentes abruptes. Chaque type de terrain demande une réponse spécifique. La maîtrise de ces scénarios alternatifs est ce qui différencie un pilote confiant d’un pilote anxieux.

Votre plan d’action pour un posé hors zone en Suisse

  1. Évaluer rapidement les dangers : Repérer les lignes électriques à haute tension (fréquentes en plaine et dans les vallées), la présence de bétail dans les alpages, ou les clôtures.
  2. Choisir la zone la plus sûre : Éviter à tout prix les lacs alpins (risque d’hypothermie rapide). Toujours préférer les champs fraîchement fauchés aux cultures hautes qui peuvent cacher des obstacles.
  3. Préparer l’atterrissage sur pente : La règle d’or est de toujours se poser en remontant la pente (face à la montée) pour casser la vitesse horizontale et réduire l’impact.
  4. Envisager le largage du matériel : Uniquement en cas d’amerrissage inévitable dans un lac, suivre la procédure de largage pour éviter la noyade.
  5. Agir après l’atterrissage : Une fois au sol en sécurité, contacter immédiatement le chef de centre de votre dropzone. En cas de blessure, même légère, ne pas hésiter à contacter la REGA au 144.

Choisir la taille de sa voile

Le choix de votre voile principale est la décision matérielle qui a le plus d’impact sur votre sécurité et votre plaisir à l’atterrissage. Souvent, les débutants se focalisent uniquement sur la surface (« une grande voile est plus sûre »), mais en Suisse, un autre facteur est tout aussi crucial : l’altitude de la dropzone. L’air y est moins dense, ce qui affecte directement les performances de votre aile. Une même voile, avec le même pilote, n’atterrira pas à la même vitesse à Ecuvillens (600m) qu’à Samedan (1700m). Cette notion de conscience situationnelle verticale est fondamentale. Une charge alaire (votre poids total divisé par la surface de la voile) jugée conservatrice au niveau de la mer peut devenir agressive en altitude, entraînant une vitesse d’approche et d’atterrissage plus élevée.

La plupart des sauts se déroulent à une altitude élevée, comme en témoigne l’altitude standard pour les sauts en parachute dans les Alpes suisses, qui est de 4000 mètres au-dessus du sol. Cependant, c’est l’altitude de la zone d’atterrissage qui détermine la densité de l’air et donc la vitesse finale. Ignorer ce paramètre, c’est risquer d’être surpris par une voile beaucoup plus rapide et réactive que prévu, réduisant votre marge d’erreur lors de l’arrondi.

Le tableau suivant, basé sur une analyse des dropzones suisses, illustre concrètement cet impact. Il montre comment la densité de l’air diminue avec l’altitude, et l’effet direct sur la vitesse d’atterrissage.

Impact de l’altitude sur la charge alaire et la vitesse en Suisse
Dropzone Altitude (m) Densité air relative Vitesse d’atterrissage
Lausanne-Ecuvillens 600m 94% Normale
Interlaken 580m 94% Normale
Sion 480m 95% Normale
Samedan/St-Moritz 1700m 83% +15% plus rapide

Choisir la bonne taille de voile est donc un compromis. Il faut une voile suffisamment grande pour offrir une bonne marge de sécurité et un flare indulgent, mais pas au point de devenir difficile à piloter dans un vent soutenu. La discussion avec des instructeurs locaux et des plieurs expérimentés sur chaque dropzone est la meilleure façon de valider votre choix de matériel par rapport à votre expérience et aux conditions locales.

Éviter le décrochage près du sol

Le décrochage est l’une des situations les plus dangereuses en parachutisme, particulièrement lorsqu’il survient à basse altitude. Il se produit lorsque la voile perd sa portance, généralement à cause d’une vitesse trop faible ou d’une action trop agressive sur les freins. Le résultat est une perte de contrôle soudaine, une chute verticale rapide et souvent une rotation violente. Près du sol, cette situation ne laisse quasiment aucune marge de manœuvre pour récupérer. C’est l’incident que tout pilote redoute, car il transforme une approche contrôlée en un impact quasi inévitable. La principale cause est souvent une tentative de « freiner » excessivement pour corriger une approche trop rapide ou trop longue, surtout avec le stress d’un terrain inconnu ou d’un obstacle à éviter.

L’importance de garder de la vitesse (et donc de l’énergie et de la manœuvrabilité) est contre-intuitive mais vitale. Une voile qui vole a de la portance et répond aux commandes ; une voile au bord du décrochage est instable et imprévisible. Le danger est réel et documenté ; par exemple, une étude française sur 17 ans en vol libre révèle que 53 accidents mortels sur 103 en phase de vol ont débuté à plus de 50m du sol sans que le pilote n’ait eu le temps ou le réflexe de déclencher son secours.

Incident de décrochage aux Pléiades (Suisse)

En avril 2020, un parapentiste expérimenté a provoqué un décrochage involontaire lors d’un exercice aux Pléiades. En tirant sur les freins jusqu’à la limite, sa voile s’est brutalement fermée. Grâce à son altitude et son expérience, il a pu déclencher son parachute de secours et se poser sain et sauf. Bien qu’il s’agisse de parapente, cet incident est une parfaite illustration du phénomène. Il rappelle l’importance de connaître précisément le point de décrochage de sa propre aile et de toujours conserver une marge de sécurité active, surtout dans l’aérologie parfois turbulente des sites alpins. Ne jamais flirter avec les basses vitesses près du sol est une règle d’or.

Pour éviter le décrochage, il faut apprendre à connaître sa voile. Chaque modèle a un point de décrochage différent. Il est essentiel de s’entraîner en altitude, dans un environnement sécurisé, à sentir les signes avant-coureurs : une pression dans les commandes qui diminue, une voile qui commence à « flotter » ou à reculer. En reconnaissant ces signaux, vous pouvez relâcher la pression sur les freins et redonner de la vitesse à votre aile bien avant d’atteindre le point de non-retour.

Optimiser l’utilisation des freins

L’arrondi (flare) est le couronnement de votre vol, le moment où vous convertissez la vitesse horizontale en portance pour vous poser en douceur. Cependant, le « bon » arrondi n’est pas un geste unique et standardisé. C’est une action dynamique qui doit être adaptée en fonction de la maîtrise énergétique que vous avez conservée durant votre approche, des conditions de vent et de l’altitude. Un arrondi efficace sur une dropzone de plaine par vent nul sera totalement inadapté sur un alpage à 1500m par vent de travers. La clé est de ne pas penser « arrondi » mais « gestion de l’énergie finale ». L’objectif des freins n’est pas de « stopper » la voile, mais de moduler sa trajectoire et sa vitesse pour un contact progressif avec le sol.

La technique du « flare à deux étages » est particulièrement efficace car elle permet une meilleure décomposition du mouvement et une plus grande progressivité. Elle est plus contrôlable qu’un seul mouvement ample et brutal, qui risque de provoquer un décrochage ou une remontée suivie d’un impact dur. Cette approche segmentée vous donne plus de contrôle pour affiner votre taux de chute dans les tout derniers mètres.

Parachutiste en phase finale d'atterrissage effectuant un flare avec montagnes en arrière-plan

La maîtrise de cette technique demande de la pratique, mais surtout de la finesse et de l’écoute des réactions de sa voile. Voici comment décomposer cette approche :

  • Phase 1 (à 3-4m du sol) : Initier un premier freinage à environ 30-40% de la course des freins. L’objectif est de commencer à casser le taux de chute vertical tout en conservant de la vitesse horizontale.
  • Phase 2 (à 1-2m du sol) : Compléter l’arrondi progressivement, en enfonçant les freins jusqu’à 80-90% si nécessaire, pour obtenir le palier de sustentation juste avant le contact.
  • Adaptation à l’altitude : En montagne (au-dessus de 1500m), l’air moins dense demande de commencer le flare légèrement plus haut pour compenser une efficacité moindre de la voile.
  • Gestion du vent : En l’absence de vent ou avec un léger vent arrière, l’arrondi devra être beaucoup plus énergique et ample pour générer suffisamment de portance.

Optimiser le choix et la gestion de son aile principale

Votre aile principale est votre partenaire de vol le plus intime. Sa fiabilité est la base de votre confiance en l’air. Une voile bien choisie et méticuleusement entretenue répondra de manière prévisible, vous permettant de vous concentrer sur votre pilotage plutôt que de vous soucier de son comportement. La gestion de son matériel va bien au-delà du simple pliage après un saut. En Suisse, les conditions spécifiques exigent une attention particulière. L’exposition intense aux rayons UV en altitude accélère le vieillissement du tissu, et les variations de température et d’humidité peuvent affecter sa porosité et sa longévité.

Tenir un carnet de suivi pour sa voile est une pratique d’expert. Il ne s’agit pas de bureaucratie, mais de collecter des données précieuses sur le comportement de votre matériel dans différentes conditions. Noter la date, la dropzone, l’altitude, la météo et vos sensations à chaque saut vous permettra de détecter une dégradation progressive de ses performances (par exemple, des ouvertures plus lentes, un flare moins puissant) bien avant qu’elle ne devienne un problème de sécurité. Cet entretien proactif a un coût, mais il est négligeable face au prix de la sécurité. En moyenne, le budget moyen de maintenance d’une voile principale en Suisse s’élève à CHF 500-800 par an, incluant les contrôles et les petites réparations.

Une bonne gestion passe par des actions concrètes et régulières, adaptées aux conditions suisses :

  • Noter chaque saut : Date, dropzone, altitude, conditions météo (vent, température), et surtout, vos observations sur le comportement de la voile à l’ouverture, en vol et à l’atterrissage.
  • Planifier les contrôles : Un test de porosité du tissu est recommandé tous les 200 sauts ou au minimum une fois par an. C’est un indicateur clé de la santé de votre voile.
  • Protéger des UV en altitude : Toujours utiliser une housse de protection (stuff bag) et éviter de laisser votre sac ouvert en plein soleil sur le tarmac pendant des heures.
  • Gérer le stockage hivernal : Assurez-vous que la voile est parfaitement sèche avant de la stocker pour une longue période, dans un endroit tempéré et à l’abri de l’humidité.
  • Faire confiance aux experts : Pour les révisions et réparations, faites appel exclusivement à des ateliers et des riggers certifiés par Swiss Skydive.

La relation avec votre matériel est un dialogue constant. Pour le maintenir en parfaite condition, il est bon de revoir régulièrement les principes d'une bonne gestion de votre aile.

Réhabiliter cette discipline technique et historique

Le pilotage sous voile est parfois perçu comme une simple transition entre la chute libre et le retour au sol. C’est une vision réductrice d’une discipline qui est en réalité au cœur de l’histoire du parachutisme et qui constitue un domaine de compétences à part entière. Réhabiliter le pilotage sous voile, c’est reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un acquis, mais d’un art qui demande une formation continue et une pratique délibérée. Les premières voiles rondes offraient peu de contrôle, mais l’avènement des ailes rectangulaires a transformé le parachutiste en véritable pilote. Aujourd’hui, négliger cette phase du saut, c’est se priver de la moitié du plaisir et, surtout, d’une grande partie de la sécurité.

Les fédérations et écoles de parachutisme modernes, notamment en Suisse, ont bien compris cet enjeu. Elles ne se contentent plus d’enseigner les bases de l’arrondi, mais proposent des formations spécifiques pour approfondir la maîtrise du vol sous voile. Cette prise de conscience est essentielle pour faire évoluer les mentalités et encourager chaque pratiquant à investir du temps et de l’énergie dans son pilotage. Cela passe par des stages et un coaching personnalisé, quel que soit son niveau.

L’évolution de la formation SPH en Suisse

La formation SPH (Sécurité, Pilotage et Handling), développée et promue par Swiss Skydive, est un excellent exemple de cette réhabilitation. Elle propose une approche structurée et progressive du pilotage, avec des modules adaptés à chaque niveau de pratiquant. Pour les débutants, elle consolide les bases de la sécurité et du circuit. Pour les pilotes confirmés, elle ouvre la porte à des techniques plus avancées de gestion de l’énergie, de précision à l’atterrissage et d’introduction au pilotage haute performance. Des écoles comme Romandie Parachutisme organisent régulièrement des stages de pilotage sous voile, reconnaissant cette discipline au même titre que le Vol Relatif ou le Freefly. C’est la preuve que le pilotage est un domaine d’excellence en soi.

S’investir dans le pilotage sous voile, c’est transformer une phase potentiellement anxiogène du saut en un moment de pur plaisir et de contrôle. C’est reprendre le pouvoir sur sa trajectoire, jouer avec le vent, et poser en douceur avec la satisfaction d’une mission accomplie de A à Z. C’est finalement la démarche la plus respectueuse et la plus sécuritaire que l’on puisse adopter dans notre sport.

Cet engagement dans la formation continue est un changement de philosophie. Pour comprendre son importance, il est utile de réfléchir à la place centrale de cette discipline dans notre sport.

À retenir

  • La sécurité à l’atterrissage est une chaîne : votre plan de vol (circuit), la gestion de l’imprévu (hors zone) et le choix du matériel sont interdépendants.
  • Les conditions alpines suisses (altitude, relief, vents) ne sont pas des ennemis, mais des paramètres à intégrer dans votre équation de pilotage.
  • Connaître les limites de votre voile (décrochage) et les techniques de pilotage avancées (flare à deux étages) est ce qui vous donne le contrôle dans les moments critiques.

Aborder la discipline la plus spectaculaire et dangereuse

Au sommet de la pyramide du pilotage sous voile se trouve une discipline qui fascine autant qu’elle intimide : le « swooping » ou pilotage haute performance. Cette pratique consiste à utiliser des virages engagés pour accumuler une grande vitesse verticale, puis à la convertir en une très longue glissade horizontale à quelques centimètres du sol. C’est l’expression ultime de la maîtrise énergétique, un ballet à haute vitesse où la précision se mesure en millisecondes. Si le swooping est spectaculaire, il est aussi, sans conteste, la facette la plus dangereuse du parachutisme. Une erreur de calcul, un instant d’inattention, et les conséquences peuvent être dramatiques.

L’accès à cette discipline est donc extrêmement réglementé et exige un niveau d’expérience et de compétence très élevé. Il est impensable de s’y essayer sans un bagage technique solide et un encadrement strict. En Suisse, les prérequis sont clairs et non négociables : pour débuter le pilotage haute performance en Suisse, il faut un minimum de 500 sauts et le brevet avancé Swiss Skydive. Cette barrière à l’entrée n’est pas là pour décourager, mais pour garantir que seuls les pilotes ayant déjà une maîtrise parfaite du vol standard puissent commencer à explorer ces techniques avancées.

La progression vers le swooping est un long chemin qui se construit sur des bases saines. Il ne s’agit pas de « tenter » un virage bas, mais de suivre un cursus de formation rigoureux :

  • Obtenir la licence Swiss Skydive de base (50 sauts minimum).
  • Accumuler plus de 200 sauts avec une maîtrise parfaite du pilotage standard, de la précision d’atterrissage et une connaissance intime de sa voile.
  • Suivre un stage SPH de niveau avancé avec un coach certifié, qui vous apprendra les bases des virages et de la gestion d’une vitesse plus élevée.
  • Pratiquer les approches en survitesse uniquement sur des zones dédiées et sécurisées, jamais dans le circuit standard.
  • Obtenir une validation par un expert Swiss Skydive avant même d’envisager un premier passage dans un « swoop pond » (bassin d’atterrissage).

Cette zone est réservée au STAFF Swissboogie (Tandems, instructeurs, cameramen, etc.) ou pour les atterrissages accélérés (SWOOP)

– Swissboogie, Règlement de la dropzone de Kappelen

Cette discipline n’est pas une fin en soi pour tous les parachutistes, mais elle représente l’horizon de ce qu’il est possible d’accomplir en termes de pilotage. L’étudier, même de loin, nous rappelle que sous chaque voile se cache un planeur performant, et que la marge de progression est immense.

En définitive, la maîtrise du vol sous voile est un voyage continu. Chaque saut est une opportunité d’apprendre, d’affiner sa technique et de construire sa confiance. Pour mettre en pratique ces conseils et évaluer votre niveau de pilotage, l’étape suivante logique est de vous rapprocher d’un instructeur qualifié pour un coaching personnalisé sur votre dropzone.

Rédigé par Jean-Pierre Vuilleumier, Spécialiste de la Précision d'Atterrissage (PA) et du pilotage sous voile. Ancien champion suisse, il enseigne l'art de la navigation et du posé de précision sur les terrains exigus des Alpes.