
Le brevet de parachutisme en poche, l’excitation des débuts laisse souvent place à la routine de la chute à plat, bloquant votre progression sportive.
- Chaque discipline (Vol Relatif, Freefly, etc.) impose des exigences physiques et budgétaires radicalement différentes qui doivent guider votre choix.
- La progression en Suisse est un parcours structuré, jalonné par les qualifications fédérales de Swiss Skydive, qui demande une planification précise.
Recommandation : Cessez de sauter au hasard et utilisez ce guide pour commencer à planifier un véritable parcours d’athlète, adapté à vos ambitions et à vos moyens.
Le brevet est enfin accroché au mur. La licence Swiss Skydive est dans votre portefeuille. Vous êtes autonome. Pourtant, après quelques dizaines de sauts, une question insidieuse s’installe : et maintenant ? Vous maîtrisez la sortie, la dérive, la séparation et l’atterrissage. La chute à plat, ce socle fondamental, devient une routine confortable, presque trop. Pendant ce temps, vous observez les autres équipes, ces athlètes qui dansent en 3D dans le ciel, qui construisent des formations complexes à une vitesse vertigineuse ou qui posent leurs voiles avec une précision millimétrique. L’envie de les rejoindre est forte, mais le chemin semble flou, intimidant.
Trop souvent, le discours ambiant se limite à un conseil prudent : « maîtrise d’abord parfaitement la chute à plat ». Si ce conseil est sage, il est incomplet. Il omet de présenter le monde du parachutisme sportif non pas comme une série d’étapes linéaires, mais comme un éventail de carrières d’athlètes possibles, chacune avec ses propres codes, ses exigences et ses satisfactions. Le risque est de s’enliser dans une pratique de loisir sans direction, de se disperser dans des initiations sans lendemain et de voir sa passion s’éroder face à un plateau de progression frustrant.
Mais si la véritable clé n’était pas de sauter plus, mais de sauter mieux, avec une vision ? Cet article propose de changer de perspective. Oubliez la simple accumulation de sauts. Nous allons aborder votre progression comme un projet sportif. Il ne s’agit pas de vous donner une liste de disciplines, mais de vous fournir une grille d’analyse stratégique. En évaluant vos aptitudes physiques, votre budget, vos ambitions compétitives et le parcours de qualification spécifique à l’écosystème suisse, vous allez pouvoir dessiner une trajectoire claire. Le brevet n’est pas la ligne d’arrivée ; c’est le point de départ de votre carrière d’athlète du ciel.
Pour vous aider à construire ce plan de carrière, ce guide explore les aspects essentiels à considérer. Nous analyserons les exigences de chaque grande discipline, évaluerons les investissements nécessaires, et détaillerons les étapes de qualification pour vous permettre de prendre des décisions éclairées et de transformer votre passion en un projet sportif structuré et exaltant.
Sommaire : Votre feuille de route pour devenir un athlète du ciel
- Comprendre les exigences physiques par discipline
- Évaluer le budget compétition
- Découvrir les disciplines artistiques
- Éviter la dispersion technique
- Planifier les qualifications fédérales
- Approfondir les deux disciplines reines de la chute
- Réhabiliter cette discipline technique et historique
- Planifier les qualifications fédérales
Comprendre les exigences physiques par discipline
Votre corps est votre premier équipement. Avant même de penser au matériel, une auto-évaluation honnête de vos capacités physiques est le point de départ de votre spécialisation. Chaque discipline sollicite le corps d’une manière radicalement différente. Ignorer cet aspect, c’est risquer des blessures, une progression lente et une frustration garantie. Il ne s’agit pas d’être un athlète olympique, mais de comprendre où se situent vos forces naturelles et quels aspects vous devrez travailler spécifiquement pour la discipline qui vous attire.
Le Vol Relatif (VR), par exemple, est avant tout un sport d’endurance et de coordination. Maintenir des formations horizontales stables pendant 35 secondes demande une excellente proprioception et la capacité à réaliser des micro-ajustements constants. À l’opposé, le Freefly est le royaume de la souplesse et du gainage. Tenir des positions verticales (tête en haut ou tête en bas) exige une ceinture abdominale et lombaire en béton pour éviter les oscillations. Le swooping (pilotage de voile haute performance), quant à lui, requiert une force explosive dans le haut du corps et des réflexes foudroyants pour manipuler les commandes lors des virages à très haute vitesse. Les écoles suisses l’ont bien compris, intégrant souvent des activités complémentaires comme l’escalade ou la randonnée alpine pour développer ces qualités de base.
Cette préparation physique ciblée est votre meilleur investissement pour accélérer votre courbe d’apprentissage. Pour vous donner une idée concrète des prérequis, voici une checklist inspirée des standards de progression.
Votre checklist d’auto-évaluation physique
- Test de gainage : Maintenir une position de planche frontale pendant au moins 3 minutes, un prérequis essentiel pour la stabilité en Freefly.
- Test de souplesse : Être capable de toucher ses orteils avec les jambes tendues, indicateur utile pour l’aisance dans les figures de Vol Relatif.
- Test d’endurance : Courir 5 kilomètres en moins de 30 minutes, une base d’endurance nécessaire pour enchaîner les sauts et les pliages lors des journées de compétition.
- Test de coordination : Maintenir l’équilibre sur une seule jambe, les yeux fermés, pendant 60 secondes pour évaluer votre proprioception.
- Test de force explosive : Réaliser au moins 10 pompes militaires strictes, un indicateur de la force nécessaire pour les manœuvres de pilotage avancées.
Cette évaluation n’est pas une barrière à l’entrée, mais une boussole. Elle vous indique les domaines à renforcer pour vous épanouir dans la discipline de votre choix. Un bon gainage facilitera énormément vos débuts en Freefly, tout comme une bonne endurance vous aidera à rester lucide lors des stages intensifs de Vol Relatif.
Évaluer le budget compétition
La passion n’a pas de prix, mais sa pratique a un coût. Aborder le parachutisme sportif sans une vision claire du budget est la voie la plus sûre vers l’abandon. L’investissement financier est le deuxième grand filtre après les aptitudes physiques. Il ne s’agit plus seulement du prix du ticket de saut ; une saison de compétition en Suisse implique des frais de coaching, des heures de soufflerie, les inscriptions aux événements et les déplacements entre les différentes dropzones comme Payerne, Sion ou Ecuvillens. Une première saison de compétition coûte entre CHF 12’000 et 15’000 selon les données 2024, un investissement conséquent qui doit être anticipé.
Le Vol Relatif et le Freefly, bien que partageant le même ciel, présentent des structures de coûts différentes. Le VR, surtout à 4 ou à 8, permet de diviser certains frais comme le coaching ou les sauts en avion. Cependant, la discipline exige un volume important d’heures de tunnel pour perfectionner les blocs et les séquences. Le Freefly, souvent pratiqué à 2 ou 3, demande un budget tunnel encore plus conséquent au début, car la maîtrise des positions 3D est moins intuitive que la chute à plat et nécessite plus de temps de vol coaché pour être sécuritaire et efficace.
Pour illustrer concrètement l’investissement que représente une première saison de compétition en Suisse, le tableau suivant compare les postes de dépenses pour une équipe de Vol Relatif à 4 et un duo de Freefly visant la Coupe Suisse, en se basant sur des données et tarifs pratiqués en 2024. Une analyse comparative similaire est souvent discutée lors des briefings de compétition à RealFly.
| Poste de dépense | Vol Relatif à 4 | Freefly |
|---|---|---|
| Inscription Coupe Suisse | CHF 70/personne | CHF 70/personne |
| Heures tunnel RealFly Sion | CHF 600/h (10h recommandées) | CHF 600/h (15h recommandées) |
| Coaching spécialisé | CHF 150-200/h | CHF 200/h |
| Sauts d’entraînement (50) | CHF 2150 (43 CHF/saut) | CHF 2150 (43 CHF/saut) |
| Déplacements inter-dropzones | CHF 800-1000/saison | CHF 800-1000/saison |
| Budget total première saison | CHF 10’000-12’000 | CHF 12’000-15’000 |
Ces chiffres sont une estimation pour un athlète visant une progression sérieuse. Ils soulignent un point crucial : le budget est un outil de planification. Il définit le volume d’entraînement possible et, par conséquent, le rythme de votre progression. Le planifier, c’est se donner les moyens de ses ambitions.
Découvrir les disciplines artistiques
Au-delà de la performance purement technique et de la course contre la montre, le ciel est aussi une toile. Les disciplines artistiques, comme le Freefly Artistique ou le Freestyle, offrent une voie d’expression unique pour les parachutistes qui ont une fibre créative. Ici, le but n’est pas seulement d’exécuter des figures, mais de les enchaîner dans une chorégraphie fluide, en harmonie avec son ou ses partenaires, pour raconter une histoire en 45 secondes de chute libre. La performance est jugée sur la technique, mais aussi sur l’impression générale, l’originalité et la qualité de l’image ramenée par le vidéoman, qui est un membre à part entière de l’équipe.
En Suisse, cet univers a trouvé son centre névralgique : le tunnel de RealFly à Sion. Cette soufflerie est devenue le laboratoire du Freefly artistique. Grâce à des conditions d’entraînement constantes et des tarifs préférentiels pour les compétiteurs, les athlètes suisses peuvent y peaufiner leurs routines tout au long de l’année, indépendamment de la météo. C’est là que se forgent les duos, que s’inventent les nouvelles transitions et que se préparent les routines qui seront ensuite présentées aux Championnats Suisses Indoor et Outdoor organisés par Swiss Skydive.
Mais comment intégrer ce milieu ? Former un duo de Freefly artistique est un processus qui mêle rencontres et entraînement. Il ne suffit pas d’être un bon « chuteur », il faut trouver un partenaire avec qui le « flow » est naturel, une vision artistique commune et un niveau technique compatible. Cela passe inévitablement par une immersion dans la communauté. Participer activement à la vie de l’écosystème du parachutisme suisse est la première étape pour trouver la perle rare.
Comment former un duo de Freefly Artistique en Suisse
L’une des meilleures approches est d’être proactif et visible. Participez aux weekends de coaching Freefly organisés par les grandes écoles comme Romandie Parachutisme. Rejoignez les groupes Facebook spécialisés tels que « Swiss Skydive » et « Freefly Switzerland » pour annoncer votre recherche. Fréquentez les soirées dédiées au vol en tunnel, comme les mercredis à RealFly Sion, qui sont des lieux de rencontre privilégiés. Enfin, les grands « boogies » (rassemblements de parachutistes) de Payerne et Sion sont des occasions en or pour sauter avec un maximum de personnes et repérer un partenaire potentiel. N’oubliez pas le troisième membre essentiel : un vidéoman, que vous trouverez plus facilement en vous faisant connaître au sein des clubs locaux comme le Para-Club Valais ou Skydive Payerne.
Le chemin artistique demande donc un double investissement : un travail technique rigoureux en tunnel et un engagement social pour construire une équipe soudée et créative. C’est une voie exigeante mais incroyablement gratifiante pour ceux qui cherchent à allier sport et expression personnelle.
Éviter la dispersion technique
L’enthousiasme du nouveau breveté est une flamme précieuse, mais elle peut aussi mener à un écueil majeur : la dispersion. Face à l’éventail des disciplines, la tentation est grande de vouloir tout essayer en même temps. Un saut de Vol Relatif le matin, une tentative de tête en bas l’après-midi, un peu de tracking le lendemain… Si cette curiosité est saine, elle devient contre-productive si elle n’est pas structurée. Chaque discipline repose sur des schémas moteurs et des réflexes différents. Passer de l’une à l’autre sans consolidation mène à une stagnation généralisée : on devient moyen partout, et excellent nulle part.
La progression en parachutisme s’apparente à la construction d’une pyramide. La base, large et solide, est la maîtrise absolue de la chute à plat. C’est sur ce socle que tout le reste repose. Une position stable sur le ventre est la position de référence, de sécurité, celle qui vous permettra de gérer n’importe quelle situation imprévue. Brûler cette étape pour se lancer prématurément dans le Freefly, c’est comme vouloir construire le toit d’une maison sans avoir coulé les fondations.
La maîtrise de la chute à plat est le socle indispensable pour un Freefly stable. Ne brûlez pas les étapes, construisez des bases solides avant d’explorer une deuxième discipline.
– Directeur technique Romandie Parachutisme, Interview 2024 sur la progression post-brevet
La clé est donc de planifier sa progression de manière séquentielle. Il est essentiel de dédier un certain nombre de sauts à la consolidation d’une compétence avant d’en aborder une nouvelle. Vos 50 à 100 premiers sauts post-brevet sont cruciaux. Ils doivent être dédiés à transformer votre chute à plat « acceptable » en une chute à plat « exceptionnelle », et à développer un pilotage sous voile précis et sécuritaire en toutes conditions. Ce n’est qu’une fois ce socle inébranlable que le choix d’une spécialisation prend tout son sens.
Voici un exemple de feuille de route structurée pour vos 50 prochains sauts, un plan qui vous assure de construire des bases solides avant de vous spécialiser. Cet investissement initial en temps et en concentration sera largement récompensé par une progression plus rapide et plus sûre par la suite.
Feuille de route structurée : vos 50 prochains sauts post-brevet suisse
- Sauts 1-30 : Consolidation de la chute à plat. Concentrez-vous sur le Vol Relatif à 2, en travaillant les rotations, les prises, les déplacements et la stabilité à proximité d’un autre chuteur.
- Sauts 31-40 : Perfectionnement du pilotage sous voile. Profitez de chaque saut pour travailler des exercices spécifiques : tours à plat, gestion des freins, approches précises, et si possible, un stage de pilotage.
- Sauts 41-50 : Initiation au tracking. Apprenez à vous déplacer horizontalement, seul, en maîtrisant votre axe et votre vitesse. C’est le prérequis pour le vol en grande formation et pour le brevet Bi4.
- Après 50 sauts consolidés : C’est le moment idéal pour faire un choix éclairé sur une spécialisation principale (VR, Freefly, etc.) et commencer à y dédier la majorité de vos sauts.
- Principe directeur : Investir dans une journée de coaching spécialisé tous les 20 sauts pour corriger les mauvaises habitudes et accélérer l’apprentissage.
Cette approche structurée prévient la frustration et maximise le retour sur investissement de chaque saut. La patience au début est le secret de la performance à long terme.
Planifier les qualifications fédérales
Votre ambition sportive doit se confronter à une réalité structurante : le système de qualifications de Swiss Skydive, la fédération suisse de parachutisme. En Suisse, on ne passe pas de la chute à plat au Freefly sur un coup de tête. La progression est encadrée par une série de brevets qui valident des compétences spécifiques et garantissent la sécurité de tous. Planifier sa carrière d’athlète, c’est donc avant tout planifier l’obtention de ces qualifications. Chaque brevet est une porte d’entrée vers de nouvelles possibilités et souvent un prérequis pour participer à des stages ou des compétitions.
Le parcours est logique et progressif. Après votre brevet de base (licence suisse), qui atteste de votre autonomie, le chemin se divise. Pour le Vol Relatif, le brevet B2 est la première étape clé, validant votre capacité à sauter en groupe de manière sécuritaire. Pour ceux qui rêvent de vol en 3D, le chemin est plus long. Le Freefly est régi par le brevet B4, mais pour y accéder, il faut d’abord passer le module Bi4, qui certifie votre maîtrise du « track » (déplacement horizontal). Cette étape est fondamentale : savoir s’éloigner efficacement d’un groupe est une compétence de sécurité non négociable avant de s’engager dans des sauts tête en bas.
Ces examens ne sont pas de simples formalités. Ils se déroulent auprès d’instructeurs accrédités par Swiss Skydive dans les centres agréés du pays. Chaque centre a tendance à développer ses propres pôles d’excellence : Payerne pour le Vol Relatif, Sion pour le Freefly grâce à la présence du tunnel, ou encore Ecuvillens pour des disciplines plus spécifiques comme le Wingsuit. La Commission Technique de Swiss Skydive veille à l’homogénéité des standards et à la qualité de la formation, garantissant que votre brevet a la même valeur, où que vous l’ayez passé.
Exemple concret : le parcours pour accéder au Freefly en Suisse
Un parachutiste fraîchement breveté (50 sauts minimum pour la licence) qui vise le Freefly doit suivre un chemin balisé par Swiss Skydive. Il devra d’abord obtenir le brevet B2 (Vol Relatif) pour prouver sa maîtrise du vol en groupe à plat. Ensuite, il devra se concentrer sur le tracking pour passer le module Bi4. Ce n’est qu’après avoir validé cette compétence qu’il pourra entamer sa formation pour le brevet B4 (Freefly), qui inclut la maîtrise des positions de base tête en haut et tête en bas. Ce parcours structuré garantit que l’athlète dispose de toutes les compétences de sécurité avant d’aborder les complexités du vol en trois dimensions.
Anticiper ce parcours de qualifications est essentiel. Cela vous permet de planifier vos objectifs de sauts, vos stages de coaching et vos sessions en tunnel pour arriver préparé à chaque examen. C’est le squelette de votre planification de saison.
Approfondir les deux disciplines reines de la chute
En Suisse, comme ailleurs, deux disciplines dominent le paysage compétitif de la chute libre : le Vol Relatif (VR) et le Freefly (FF). Elles représentent deux philosophies du vol, deux approches techniques, et ont forgé deux pôles d’excellence distincts au sein de l’écosystème suisse. Choisir sa voie, c’est aussi choisir sa « famille » et son terrain de jeu principal. Le VR, discipline historique, est l’art de construire des formations à plat, le plus rapidement possible. C’est un jeu d’échecs à 200 km/h, où la précision, la communication non verbale et la synchronisation de l’équipe sont les clés du succès. Historiquement, le bastion du VR en Suisse est Payerne, qui accueille régulièrement les équipes nationales VR4 et VR8 pour leurs entraînements.
Le Freefly, plus récent et plus artistique, explore la troisième dimension. Positions tête en bas, tête en haut, transitions dynamiques, le corps devient un outil de vol intégral. La vitesse de chute varie constamment, demandant une maîtrise technique et une conscience de l’espace exceptionnelles. Grâce à son tunnel, Sion s’est naturellement imposée comme la capitale suisse du Freefly, attirant les meilleurs athlètes du pays pour des sessions d’entraînement intensives. Cette dualité Payerne/Sion structure la vie de nombreux compétiteurs suisses.
Une semaine type d’entraînement pour moi, c’est deux sessions en tunnel à RealFly le mardi et le jeudi soir, dix sauts d’équipe à Payerne le week-end, des heures d’analyse vidéo le dimanche soir, et un maintien physique constant avec de la randonnée en montagne pour l’endurance.
– Membre de l’équipe nationale suisse VR4, Portrait d’athlète Swiss Skydive 2024
L’écosystème suisse est également pragmatique et tourné vers l’Europe. Pour pallier un hiver parfois long, les athlètes n’hésitent pas à migrer vers le sud pour des camps d’entraînement. Empuriabrava en Espagne est la destination privilégiée pour les stages d’hiver, offrant une météo clémente et une infrastructure de classe mondiale. De même, Gap-Tallard en France est un lieu de rendez-vous incontournable pour les stages de vol en grande formation. Cette approche transfrontalière fait partie intégrante de la carrière d’un athlète suisse, lui permettant de s’entraîner au plus haut niveau tout au long de l’année.
S’engager dans l’une de ces deux disciplines reines signifie donc intégrer un écosystème complet, avec ses lieux, ses rythmes saisonniers et sa culture propre. C’est un engagement qui dépasse largement le simple fait de sauter.
Réhabiliter cette discipline technique et historique
Dans l’ombre du Freefly et du Vol Relatif, une discipline historique et d’une technicité extrême continue de fasciner les puristes : la Précision d’Atterrissage (PA). Souvent perçue comme moins spectaculaire, elle est pourtant l’essence même de la maîtrise du pilotage sous voile. L’objectif est simple en apparence, mais diaboliquement complexe à réaliser : après un largage à 1000 mètres, le parachutiste doit venir toucher avec son talon une cible électronique de la taille d’une pièce de deux francs (le « carreau » de 2 cm). La moindre erreur de calcul dans l’approche, la moindre mauvaise lecture du vent, et le score s’envole.
La PA est une discipline de concentration, d’analyse météorologique fine et de toucher de commande millimétrique. C’était l’unique épreuve des premiers championnats du monde de parachutisme, et elle conserve une aura particulière. En Suisse, cette tradition est maintenue vivante, notamment grâce à des groupes de passionnés comme l’équipe nationale suisse-allemande de Précision d’Atterrissage. Cette équipe s’entraîne régulièrement sur différentes dropzones du pays, y compris en Romandie, illustrant la collaboration qui existe au sein de la communauté parachutiste helvétique pour préserver ce patrimoine sportif.
Le lien entre la PA et le monde militaire est également très fort. La capacité à se poser sur une zone très restreinte est une compétence fondamentale pour les troupes aéroportées. En Suisse, la filière de détection SPHAIR, qui sélectionne les futurs pilotes et éclaireurs-parachutistes de l’armée, accorde une importance capitale à la rigueur et à la précision. La compagnie d’élite de l’armée suisse, qui ne compte que 17 éclaireurs-parachutistes, incarne cette exigence de précision absolue. Choisir la PA, c’est donc s’inscrire dans une lignée qui valorise la finesse technique sur le spectacle, une voie exigeante qui offre des satisfactions profondes dans la maîtrise de sa voile.
Cette discipline peut sembler moins « à la mode », mais elle constitue une école de pilotage incomparable. Chaque saut est une leçon de météorologie, de gestion d’énergie et de contrôle de soi. Pour un nouveau breveté, s’initier à la PA est un excellent moyen de développer une confiance et une compétence sous voile qui lui seront utiles dans toutes les autres facettes du parachutisme.
À retenir
- L’auto-évaluation est la clé : Avant de choisir une discipline, analysez honnêtement vos aptitudes physiques et votre budget. C’est ce qui déterminera votre potentiel de progression et votre plaisir.
- La progression est structurée : En Suisse, le parcours d’un athlète est jalonné par les qualifications de Swiss Skydive (B2, Bi4, B4). Planifiez leur obtention pour structurer votre carrière.
- La base avant tout : La maîtrise parfaite de la chute à plat est le socle non négociable sur lequel se construisent toutes les autres compétences. Ne brûlez pas les étapes.
De l’ambition à la réalité : planifier votre saison sportive
Vous avez maintenant toutes les cartes en main. Vous comprenez que le choix d’une discipline n’est pas anodin, mais qu’il découle d’une analyse stratégique de vos forces, de vos moyens et de vos ambitions. Vous savez que l’écosystème suisse offre des pôles d’excellence clairs et un parcours de qualification structuré pour vous guider. La chute à plat n’est plus une fin en soi, mais la fondation solide sur laquelle vous allez bâtir votre carrière d’athlète. Le sentiment de stagnation est remplacé par une vision claire, une trajectoire possible.
L’heure n’est plus à la dispersion, mais à l’action ciblée. Le passage du statut de « parachutiste breveté » à celui d' »athlète en progression » se fait par la planification. Prenez une feuille, ouvrez un tableur. Listez vos objectifs pour les six prochains mois. Combien de sauts ? Quel brevet visez-vous ? Combien d’heures de tunnel pouvez-vous vous offrir ? Quel coach allez-vous contacter ? Cette feuille de route est votre contrat avec vous-même. Elle transformera des sauts de week-end en séances d’entraînement, et une vague ambition en un projet sportif tangible et motivant.
Votre aventure dans le parachutisme sportif ne fait que commencer. Le ciel n’est pas la limite, c’est votre terrain de jeu. Avec de la méthode, de la rigueur et une bonne dose de passion, les figures qui vous semblaient inaccessibles deviendront bientôt votre quotidien. La communauté suisse est là pour vous accompagner, des instructeurs aux athlètes de l’équipe nationale. La prochaine étape vous appartient.
Pour mettre en pratique ces conseils et définir votre propre plan de carrière, l’étape suivante consiste à discuter avec des instructeurs spécialisés et des coachs dans les centres de parachutisme suisses. Évaluez dès maintenant la discipline la plus adaptée à votre profil et lancez-vous dans l’aventure.
Questions fréquentes sur la progression en parachutisme en Suisse
Comment faire reconnaître un brevet étranger (USPA, FFP) en Suisse?
Pour faire reconnaître un brevet étranger, vous devez contacter directement Swiss Skydive. Il vous faudra fournir les documents originaux de votre licence, remplir le formulaire de conversion disponible sur leur site, et vous acquitter des frais administratifs d’environ CHF 80. Selon votre niveau et l’origine de votre brevet, un vol de contrôle avec un instructeur suisse accrédité peut être exigé pour valider vos compétences et vous délivrer l’équivalence suisse.
Où passer les examens de brevets spécialisés en Suisse?
Les centres de formation suisses ont développé des pôles de compétences. Pour le Vol Relatif, Payerne est le centre de référence. Pour le Freefly, Sion est incontournable grâce à la présence du tunnel RealFly qui permet un entraînement intensif. Pour des disciplines plus spécifiques comme le Wingsuit, Ecuvillens est souvent le lieu privilégié. Chaque centre dispose d’instructeurs et d’examinateurs spécialisés et accrédités par Swiss Skydive pour la discipline concernée.
Quel est le rôle de la Commission Technique de Swiss Skydive?
La Commission Technique (CT) de Swiss Skydive est l’organe qui régit l’ensemble de la formation et de la sécurité en parachutisme en Suisse. Son rôle est de définir les standards d’enseignement pour chaque brevet, de valider les programmes de formation des écoles et d’accréditer les instructeurs et examinateurs. Ses décisions ont un impact direct sur le cursus que chaque parachutiste licencié en Suisse doit suivre pour progresser.